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悦遊雅洛 | Joyful Kyoto Journeys by 筱 株式会社 | Shino Co., Ltd.

Qu’était la procession impériale de Kan’ei, et pourquoi Kyoto la célèbre‑t‑elle encore 400 ans plus tard ?

  • Photo du rédacteur: 悦遊雅洛 | Joyful Kyoto Journeys by 筱 株式会社 | Shino Co., Ltd.
    悦遊雅洛 | Joyful Kyoto Journeys by 筱 株式会社 | Shino Co., Ltd.
  • 9 avr.
  • 6 min de lecture

Quand on regarde les projections lumineuses ou les cerisiers nocturnes au château de Nijō, on oublie facilement que ce lieu n’a pas été construit pour les touristes. Il a été, autrefois, la scène d’une visite impériale de cinq jours qui a stupéfié Kyoto : la procession impériale de Kan’ei, ou Kan’ei Gyoko. En 1626, l’empereur Go‑Mizunoo a réellement quitté le Palais impérial de Kyoto pour s’installer quelques jours au château de Nijō.


Cela ressemble à une petite note en bas de page dans un manuel d’histoire, mais pour les gens de l’époque, c’était plutôt le plus grand spectacle “en direct” de leur vie.


Que s’est‑il réellement passé pendant la procession de Kan’ei ?

 

« Biombo de la procesión imperial al Castillo de Nijo-jo, panel derecho » periodo Edo (Bien Cultural designado por la ciudad de Kioto, colección del Museo Sen-oku Hakuko Kan)

Plantons le décor. Nous sommes en 1626, pendant l’ère Kan’ei. Les principaux personnages sont, d’un côté, l’empereur Go‑Mizunoo, et de l’autre, Tokugawa Hidetada et son fils, le troisième shogun Tokugawa Iemitsu. Le shogunat Tokugawa invite l’empereur à quitter le Palais impérial de Kyoto pour séjourner au château de Nijō, leur base de pouvoir à Kyoto. Ce simple fait est déjà extraordinaire : les empereurs sortaient rarement du palais, et presque jamais pour passer la nuit dans un château de guerriers.


Le premier jour de la procession de Kan’ei ressemblait à mi‑chemin entre une visite d’État et une grande fête. Imagine les portes du palais qui s’ouvrent lentement et une procession immense qui en sort : des membres de la famille impériale, des nobles de cour, des daimyō venus de tout le pays, tous en tenue cérémonielle, formant une file qui s’étirait du Palais impérial de Kyoto jusqu’au château de Nijō. Les rues étaient noires de monde : des habitants qui tentaient d’apercevoir l’empereur et ces puissants seigneurs marchant ensemble en temps de paix.


À l’intérieur du château de Nijō, tout avait été préparé pour ce moment. Dans les années qui ont précédé la visite, le shogunat a rénové le château : le palais de Ninomaru a été redécoré avec de nouveaux panneaux muraux couverts de feuille d’or, peints par Kanō Tan’yū et d’autres artistes de cour ; le jardin de Ninomaru a été affiné sous la direction du maître de thé et paysagiste Kobori Enshū. Pendant les cinq jours de la procession de Kan’ei, l’emploi du temps de l’empereur était chargé. Le jour, il assistait à des danses de cour bugaku, à du théâtre nō, à des réunions poétiques, à des jeux de balle et à des démonstrations équestres ; le soir, il participait à des cérémonies du thé et contemplait des paravents, des meubles et des objets d’art soigneusement disposés. En termes modernes, c’était comme programmer tous les “événements premium” que Kyoto pouvait offrir à l’époque, en continu pendant presque une semaine.


Était‑ce, au fond, une sorte de télé‑réalité scénarisée ?


Vu d’aujourd’hui, la procession de Kan’ei ressemble vraiment à une émission de télé‑réalité avec scénario… sauf que tout le monde savait qu’il y avait un scénario.


Du côté Tokugawa, le message était simple : l’époque des Provinces en guerre est terminée, un nouvel ordre Edo, stable et raffiné, est en place. Inviter l’empereur, rénover le château de Nijō, aligner les daimyō, planifier chaque spectacle : rien n’était improvisé. Il s’agissait d’une mise en scène soigneusement conçue pour montrer que le shogunat avait de l’argent, du contrôle et du goût.


L’empereur Go‑Mizunoo, lui, n’était pas un invité passif. Il comprenait parfaitement que les Tokugawa utilisaient sa présence pour renforcer leur légitimité, mais il y voyait aussi une opportunité. En acceptant de venir, il pouvait rappeler à tous que la cour de Kyoto et la figure impériale comptaient toujours, et il pouvait obtenir des soutiens et des ressources pour le palais et la culture de cour. C’était une forme d’exploitation mutuelle très polie : « Je sais que tu te sers de moi, tu sais que je le sais, mais tant que nous y trouvons tous les deux notre intérêt, continuons le spectacle. »


La procession de Kan’ei n’était donc pas un simple voyage de détente pour l’empereur. C’était une retransmission en direct de cinq jours, minutieusement orchestrée, sur le thème du pouvoir et de la paix.


Pourquoi organiser un spectacle aussi fastueux juste après des décennies de guerre ?


Avec notre regard moderne, on est tenté de dire : « N’était‑ce pas un peu excessif si peu de temps après les guerres ? » Mais pour les habitants du Japon du début de l’époque Edo, ce genre de spectacle était précisément la manière de prouver que la guerre était vraiment terminée.


Pour le shogunat Tokugawa, la visite impériale était une déclaration : « Nous n’avons pas seulement gagné les guerres : nous sommes aussi capables de gouverner le pays en temps de paix. » Obtenir que les daimyō défilent en ordre plutôt que de se battre, accueillir l’empereur en toute sécurité au château de Nijō et maintenir le calme dans la ville pendant un événement de cette ampleur constituaient autant de démonstrations de pouvoir réel.


Pour les habitants de Kyoto, cette expérience a changé l’apparence du pouvoir. Au lieu de voir les guerriers comme ceux qui brûlent des châteaux et des rizières, on les voyait désormais comme des éléments d’une grande procession, enveloppés de costumes et de rituels. La peur s’est peu à peu transformée en curiosité, en un « allons voir ce qui se passe ». Ce glissement de sentiment est, lui aussi, de la politique.


Du point de vue de l’empereur, la procession de Kan’ei a fonctionné comme un miroir. Au château de Nijō, Go‑Mizunoo découvrait un espace construit pour exposer la puissance guerrière : murailles de pierre, fossés, toits imposants, intérieurs éclatants d’or. De retour au Palais impérial de Kyoto, il retrouvait un monde de bois, de gravier blanc et de cours imbriquées : plus silencieux, moins tape‑à‑l’œil, mais plein de continuité et de rituel. En termes de “hardware” – châteaux, pierre, or –, la cour ne pouvait pas rivaliser. Mais pour tout ce qui relève du “software” – savoir, poésie, thé, jardins –, la cour et Kyoto avaient encore beaucoup de marge.


Et si tu étais l’empereur Go‑Mizunoo en entrant dans le château de Nijō ?


La prochaine fois que tu seras devant la porte Karamon du château de Nijō, essaie un petit jeu d’imagination. Pendant un instant, cesse d’être un visiteur moderne et fais comme si tu étais l’empereur Go‑Mizunoo en 1626.


Tu as quitté le Palais impérial de Kyoto, un lieu fait de bois et de gravier blanc, où l’espace et le vide comptent plus que l’or. Tu voyages en palanquin, entouré de gardes et de courtisans, porté lentement à travers des rues bordées de gens qui ne te verront sans doute qu’une seule fois dans leur vie. Peu à peu, tu es soulevé hors de ton propre territoire pour entrer dans celui d’un autre.


Puerta Higashi Ote-mon (Puerta Este – puerta principal del Sitio del Patrimonio Mundial Antigua Villa Imperial Castillo Nijo-jo)

Quand le palanquin s’arrête devant le château de Nijō, tu lèves les yeux vers les murailles de pierre, le large fossé et les toits superposés. Tu franchis une porte couverte de sculptures et de couleurs et entres dans des pièces qui brillent de feuille d’or et de peintures audacieuses. L’atmosphère est très différente du calme du palais. Tu sais que tout cela a été préparé pour t’accueillir, mais tu sais aussi que le pouvoir de mobiliser une telle entreprise appartient aux Tokugawa.


Puerta Karamon (puerta de estilo chino – puerta principal de acceso al Palacio Ninomaru-goten)

 

Si j’étais Go‑Mizunoo, j’aurais probablement deux voix dans la tête à ce moment‑là. L’une dirait : « Ils me traitent vraiment avec le plus grand respect. » L’autre murmurerait : « Voilà donc à quoi ressemble leur force aujourd’hui. » Mélangées, ces deux impressions créent une motivation très particulière : si tu ne peux pas gagner sur le terrain des châteaux et de la pierre, tu essaies de gagner ailleurs – dans le raffinement, dans le savoir, dans la manière de façonner la vie quotidienne.


Vu sous cet angle, ce qui a suivi la procession de Kan’ei à Kyoto – ce que nous appelons aujourd’hui la « culture Kan’ei » – ressemble à une longue réponse, douce mais déterminée. À la villa impériale de Shugakuin, à Entsū‑ji, à la villa impériale de Katsura, on voit apparaître de nouveaux jardins et paysages empruntés, façonnés par le goût de l’empereur et de la cour. À Kōetsu‑ji et Shisendō, dans le quartier de Takagamine, on découvre des villages d’artistes et des ermitages de poètes bâtis par des figures comme Hon’ami Kōetsu et Ishikawa Jōzan. Partout dans la ville, de petites salles de thé comme Konnichi‑an et Fushin‑an, l’ancien four de Ninsei et le jardin de Shōkadō montrent comment maîtres de thé, potiers et calligraphes redéfinissaient ce que voulait dire “vivre avec élégance”.


Jardín Ninomaru (jardín de Ninomaru – situado frente al Palacio Ninomaru-goten)

Pendant la procession impériale de Kan’ei, le château de Nijō a dit au pays « qui détient le pouvoir désormais ».

Dans les décennies qui ont suivi, Kyoto a répondu à sa manière, à travers la culture Kan’ei, avec une autre question : « Qui décide de ce qu’est une belle vie ? »


 
 
 

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